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Je fabrique mes couleurs, pour cela je vais chercher les terres colorées, les argiles.
Je fabrique mon révélateur, pour cela je vais cueillir des orties, et récupérer de la cendre.
Je fabrique mes outils, je vais dans les chemins et les forêts pour trouver du bois.
Je fabrique mes films ave des vieilles caméras Dv, ou des caméras 16 mm ; et puis je capture mes sons avec des enregistreurs K7 de vide-greniers.

Travailler avec ce type de matériaux et d’outils génère une certaine esthétique. Elle découle de positionnements éthiques, politiques, économiques et écologiques.

Je ne veux pas collaborer avec les fournisseurs d’énergies qui pillent et abiment les ressources, je ne veux pas faire intervenir dans mon travail les destructeurs de planètes ou les représentants du capitalisme. Mais je le fais tout de même, un peu et en le conscientisant beaucoup. J’utilise encore un peu d’éléctricité, et parfois je me déplace grâce à du pétrole.

Au travers de mon travail, je cherche à documenter cette crise du sensible qui nous environne, nous enflamme et nous brutalise depuis que nous sentons nos instincts de vie et nos désirs de beauté sacrifiés sur l’autel du progrès. Dans et par ma pratique, mais aussi dans et par mes engagements, au jour le jour, j’essaye de ne pas oublier notre propension à créer de la poésie. La poésie, une tentative artistique qui aurait l’audace de rester libre, et quand bien même d’être nourriture, au contraire de l’ Artqui a tendance à se faire prendre au piège : celui de ressembler à un objet fini.

Plus j’avance dans ma pratique, plus il me semble important d’accorder une attention particulière à la grâce et la modestie de ce qui vit sans faire d’éclat. Végétaux, marginaux, enfants, manifestant.e.s, animaux, et nuées d’oiseaux. Mais aussi aux gestes de ces habitants.e.s, ainsi qu’à leurs techniques, leurs erreurs, leur douceur.

Je veux construire mon travail comme on élabore un tract, comme on construit un terrier, comme on se met à danser. Je touche alors à tout, pas pour le désir de la polyvalence mais pour le plaisr d’être novice, débutante, pour les maladresses et pour les surprises qui adviendront, pour supprimer la compétence et le savoir-faire de mon vocabulaire plastique. Pour que mon travail ne soit jamais qu’une suite instable de tentatives, pour la tendresse qui s’empare de chacun de nos débuts.

Les photos présentes dans ce site, montrent des projets qui se sont figés dans un certain état, un certain temps, et qui depuis ont changé. Elles les montre en dehors de leur lieu de création, et en dehors de toutes les énergies et choses qui peuvent les activer et les faire vibrer... feux, mains sales d’enfants, eaux vives, ami.e.s, insectes, plantes, grigris etc...

Je ne souhaite pas conférer au travail artistique une autorité conceptuelle ou philosophique. Il est - à mes yeux avant tout, une expérience qui peut se partager pendant ou après sa création, qui peut devenir pretexte à créer autre chose que de l’art, plus que de l’art, quelque chose comme de la haute vie. Il peut être témoignage, il peut être question, hypothèse, mais il ne peut être réponse. Pourtant il devient réponse presque toujours quand il est exposé. Là est le problème de l’art, il faut lui arracher ses véleités de liberté pour pouvoir le monter. C’est un travail inverse que celui de créer.



A propos de mon travail filmique :

Pour définir en peu de mots les questions que j’aborde au travers de mes films, je dirais qu’il m’intéresse de traiter la transmission des savoirs, mais aussi comment ils apparaissent et comment ils disparaissent dans l’histoire de l’humanité. Plus précisément, je suis à la recherche de formes ancestrales persistantes. Je les traque dans les mythes, les superstitions et les épopées, dans les dessins et les danses innocentes de ma fille, dans les états seconds ou hypnotiques que génère la contemplation du feu, ou encore dans les usages que les humains font des plantes. Cette recherche est polymorphe, généralement filmique, elle se développe sous la forme de documentaires : Kitikaka, Lupita, Petits Cailloux Noirs. Mais aussi sous forme de journaux filmés : Les Chatons, Là où je dormais, ou encore de films expérimentaux : La Nuée, La Maison Goëtie, Le Lait. Puis parfois cette recherche apparaît dans des installations : La Petite Nuit.





Il y a des gestes très simples :

- cuisiner
- faire du feu
- pétrir, tourner l’argile
- enterrer
- cueillir
- se déguiser
- tisser
- chanter.

Des gestes plus élaborés :

- filmer
- enregistrer
- monter
- projeter.




Dans mon atelier
il y a :


- des vieilles caméras mini dv qui ne fonctionnnent plus,
- d'autres qui veulent bien s'allumer de temps en temps,
- des poils d'un chameau rencontré sur un rond point,
- une collection de bassines en plastique jaunes ou turquoises,
- un monstera titanesque avec des racines merveilleuses,
- des cassettes audios de chants béarnais et basques,
- des pigments naturels,
- de la chaux grasse,
- du plâtre de Paris,
- des pains d'argiles,
- des encres à marbrer,
- une collection de cartes postales couleurs,
- des anciens tissus fleuris,
- beaucoup de rubans et passementeries.